governance ausy
governance ausy

En cette fin-décembre, toutes les banques démarrent leur projet "End Of Year". Ce projet annuel consiste à s’assurer que le passage d’une année à une autre se fera sans difficulté et que toutes les positions seront couvertes quand le marché ouvrira l’année suivante. C’est une période intense tant pour les équipes métiers que pour les équipes informatiques qui doivent plus que jamais travailler main dans la main pour éviter d’entacher le PnL d’un millésime 2021 qui s’annonce "riche". La fin d’année est également l’occasion pour chacun de marquer un temps d’arrêt pour regarder dans le rétroviseur le chemin parcouru dans le cadre de leur plan pluriannuel de transformation. Au premier semestre, tous les objectifs étaient braqués sur le cout du risque des établissements bancaires du fait de leur rôle essentiel dans la distribution des aides étatiques.

En octobre, Jean-Paul Mazoyer, Directeur général Adjoint chez Crédit Agricole annonçait que sur les 140 milliards d’euros de prêts garantis par l’État – PGE – seuls 30 milliards avaient été utilisés. Soit à peine plus de 20 %. C’est une des raisons pour lesquelles les établissements bancaires ont retrouvé des couleurs en bourse : Société Générale a vu sa valorisation depuis le début de l’année augmenter de plus de 70 %, BNP Paribas faisant elle aussi plus de 30 % de croissance tout comme Crédit Agricole passant de 9,6 euros l’action en janvier à plus de 12,3 euros mi-décembre (+28 %). Cette fin d’année est aussi l’occasion de s’arrêter sur les enjeux en cours et à venir ainsi que sur les moyens les plus efficaces pour y faire face.

la rse : un impératif exogène.

Plus que jamais, la responsabilité sociétale des entreprises est aujourd’hui un enjeu clef pour celles qui souhaiteront être plus inclusives et respectueuses de leur environnement. Chez Société Générale, "le développement économique ne se conçoit plus sans progrès environnemental et social". Telle est la phrase que l’on retrouve sur leur site internet. À ce titre, Christophe Leblanc, Directeur des Ressources et de la Transformation Numérique du groupe, partageait, lors d’une table ronde au Club les Échos, un certain nombre d’actions concrètes mises en place par le groupe, parmi lesquelles l’investissement dans des data centers moins énergivores, le développement d’usages d’éco conception lors des créations outils ou encore une consommation plus frugale des données dont dispose la banque afin de réduire l’impact carbone. En parallèle, l’engagement pris pour féminiser les équipes dirigeantes avance lui aussi avec actuellement 25 % de femmes au sein du comité de direction groupe.

Les autres entreprises de l’industrie financière ne sont pas en reste. BNP Paribas faisait figure de précurseur en 2015 lorsqu’elle signait la charte contre l’homophobie de l’association L’Autre Cercle. Ces transformations environnementales et sociétales viennent s’ajouter aux sujets de réglementation devenus nombreux après la crise de 2008. Pour y faire face l’adoption de nouveaux outils, la mise en place de nouvelles méthodes et de nouveaux processus sera nécessaire et le rôle du digital sera prépondérant.

un nouveau risque systémique.

"Le monde change. Le monde évolue. Et les risques aussi. Je voudrais dire aujourd’hui que le risque que nous surveillons le plus à la FED est le risque cyber". Tels étaient les mots de Jérôme Powell, patron de la FED lors d’une interview à laquelle il répondait il y a quelques mois. Depuis toujours les risques peuvent être classés de trois façons. Premièrement les risques de marchés, ils sont inhérents aux activités de marchés comme le risque de liquidité de volatilité ou encore de change. Il convient de les analyser scrupuleusement à l’aide d’outils informatiques pour prendre les bonnes positions permettant de s’en prémunir. Deuxièmement, le risque opérationnel, c’est le risque majeur pour toute entreprise. Si vous n’avez plus de courant dans vos buildings suite à une inondation, si vos data centers prennent feu ou si vous formez un cluster Covid en séminaire c’est que vous n’avez pas su correctement vous couvrir contre les risques opérationnels. Troisièmement, le risque de crédit, c’est le fait qu’une personne, physique ou morale, ne vous rembourse pas tout ou partie de ce qu’elle vous doit.

Pour revenir à la citation de Jérôme Powell, il faut noter qu’avant d’entendre sa réponse une bonne partie de l’opinion pensait qu’il allait répondre que sa principale préoccupation venait de la valorisation élevée des marchés d’actions ou bien que les crédits des universitaires américains allaient créer un nouveau crash boursier. Si ces sujets doivent être surveillés, ils ne sont rien comparés au risque cyber et pour la simple et bonne raison qu’il est systémique.

Comme pendant la crise des subprimes ou l’ensemble des banques avait en sa possession des titres "pourris" et les découvrait progressivement et paralysait de plus en plus l’économie, une attaque cyber sur un acteur connecté aux autres pourrait avoir des conséquences catastrophiques et systémiques entrainant un blocage en chaine des établissements. Les Responsables de la Sécurité des Systèmes d’Information voient depuis plusieurs années leur budget augmenter. Dernièrement, on apprenait que chez une des grandes banques françaises, le budget alloué au RSSI allait une fois encore doubler l’année prochaine.

une concurrence polymorphe.

Lydia vient de devenir la 22e Licorne française. C’est une fois encore une excellente nouvelle pour le secteur de la tech français. En se hissant à ce rang et en levant à nouveau plusieurs dizaines de millions d’euros, l’entreprise va pouvoir développer son activité en dehors de France et proposer à ses utilisateurs actuels et futurs de nouveaux services. En effet avec cette fonctionnalité de transfert d’argent la société ne gagne pas d’argent. Elle va ainsi profiter de cette nouvelle levée de fond pour mettre en place et distribuer de nouveaux services : gestion de compte, micro-crédit, trading, etc. Même si pour distribuer ses services elle s’appuiera sur d’autres entreprises, elle vient, en se positionnant ainsi, capter de la valeur sur la chaine de valeur traditionnelle des banques et de l’assurance. Ce genre d’histoire s’applique à de nombreuses entreprises. Les néobanques sont les plus connues, mais bon nombre de nouveaux concurrents grignotent des parts de marché sur le secteur. Le paiement est un exemple parmi d’autres : avec le rachat de Flor, ex-banque Casino par BNP Paribas pour 260 millions d’euros, la banque de la rue d’Antin fait le choix de racheter une technologie pour répondre rapidement à de nouveaux usages. Enfin, la concurrence vient d’acteurs qu’on n’imaginait pas sur ce segment comme Apple. Avec sa solution de paiement, mais aussi ses services d’assurance, ce GAFA vient prendre des parts de marché aux acteurs traditionnels. Enfin, notons que d’après Goldman Sachs, les fintechs, qui ciblent généralement les domaines les plus rentables des services financiers, devraient représenter jusqu’à 4 700 milliards de dollars de revenus annuels détournés des acteurs traditionnels.

relever ses défis de manière inclusive.

Associé à l’humain, le digital est probablement le moyen le plus efficace pour faire face à la concurrence, maitriser ses risques et de façon green. Si cela parait évident, il est souvent très difficile d’aligner les planètes. Prenons l’exemple des data centers cités plus haut. Les machines utilisées vont probablement venir de l’étranger et avoir entre le cout de fabrication et de transport un impact carbone important. Avant de les livrer se pose par ailleurs la question de l’endroit où les installer. S’il existe des pays dans l’Union européenne où l’électricité est moins chère, sommes-nous certains qu’elle soit plus propre ? L’électricité outre-Rhin est trois fois plus carbonée que la nôtre. Le numérique est également un moyen de rendre les entreprises plus inclusives.

Microsoft investit en France avec des partenaires pour former des personnes de tout horizon aux métiers du digital avec les écoles Simplon. Le leader de Redmond met également en place des solutions plus inclusives au-delà du sous-titrage dans Teams. Enfin, tout comme ses concurrents Amazon et Apple, il est en première ligne pour réduire sa facture énergétique et proposer des solutions digitales bas carbone. Cette sobriété numérique est la base d’une transformation digitale réussie dans les prochaines années. Si le cloud, comme la méthodologie DevOps, permet de réduire le time to market et de se concentrer davantage sur les usages, il invite à consommer plus de données. Cette consommation ne doit pas se faire au prix d’un environnement dégradé, c’est du moins la conviction que nous sommes de plus en plus nombreux à partager.

 

Tribune libre publiée le 24 décembre 2021 sur LesEchos.fr.

about the author
Sebastien Mazin-Pompidou Ausy Bank & Finance
Sebastien Mazin-Pompidou Ausy Bank & Finance

Sébastien Mazin-Pompidou

dircteur de marché banque et assurance

Sébastien MAZIN-POMPIDOU, est diplômé d’un Master en Finance de Marché à l’ESC Tours-Poitiers et évolue dans le secteur de la tech et du conseil depuis une quinzaine d’années. Associé dans un cabinet de conseil en IT Finance, il a accompagné les grands acteurs bancaires européens dans leur transformation digitale. Passé par des postes de KAM et de directeur du développement, il est aujourd’hui en charge de l’activité banque et assurance chez Ausy. En parallèle, il intervient comme vacataire auprès d'établissements du secondaire comme professeur en finance de marché et en économie. Il publie régulièrement des tribunes pour Les Echos et pour des blogs.